Pablo Gargallo
Torse de Gitan 1923
Terre cuite
Signé (sur la base à droite) : P. Gargallo
Numéroté (sur la base à droite) : 1/4
68 x 23 x 18,5 cm
Provenance
- Atelier de l’artiste
- France, famille de l’artiste
Bibliographie
- 1970 EXPOSITION : Gargallo, Paris, musée Rodin, 1970, cat.41.
- 1973 COURTHION : Courthion, Pierre, Pablo Gargallo, catalogue raisonné par Pierrette Anguera-Gargallo, XXe Siècle, Paris, 1973, repr. n°89.
- 1979 ANGUERA : Anguera, Jean, Pablo Gargallo, éditions Carmen Martinez, 1979 Paris, repr. p.100-101.
- 1994 MUSEO PABLO GARGALLO : Ordóñez Fernández, Rafael, Museo Pablo Gargallo, ayuntamiento de Zaragoza, Electa, 1994, p.120-121 (pierre).
- 1998 CATALOGUE RAISONNÉ : Gargallo-Anguera, Pierrette, Pablo Gargallo, catalogue raisonné, préface de Philippe Dagen, l’Amateur, 1998, p.129, n°105.
- 2001 EXPOSITION : Pablo Gargallo, Monnaie de Paris, 3 avril – 10 juin 2001.
- 2004 EXPOSITION : Pablo Gargallo, Institut Valencia d’Art Modern, Valencia, 29 janvier- 2 mai 2004, Centre Le Bellevue, salles Les Rhunes et les Vagues, Biarritz, 25 juin-3 octobre 2004, repr. p.204.
- 2004 MUSEO PABLO GARGALLO : Ordóñez Fernández, Rafael, Museo Pablo Gargallo, ayuntamiento de Zaragoza, 2004, repr. p.161 (la pierre du musée).
- 2018 CASTRES : Gargallo, le vide est plénitude, Augé, Jean-Louis, sous la direction de, Castres, musée Goya, musée d’art hispanique, 29 juin – 28 octobre 2018, repr.p.73.
Expositions
- 1970 PARIS, Musée Rodin, cat.41.
- 1980-1981 PARIS, Pablo Gargallo, musée d’art moderne de la ville, 18 décembre-1er mars, n°61.
- 1981 BARCELONE, Gargallo Exposició del Centenari, Gargallo, Palau de la Virreina, 1 avril-24 mai, n°
- 1981 LISBONNE, Gargallo, Fondation Calouste Gulbekian, juin-juillet, n°
- 1981-1982 MADRID ZARAGOZA, Gargallo Exposición del Centenario, Palacio de Cristal, 20 octobre-26 novembre, La Lonja, 7 décembre-10 janvier, n°
- 2004 VALENCIA-BIARRITZ, Pablo Gargallo, Institut Valencia d’Art Modern, 29 janvier- 2 mai 2004, Centre Le Bellevue, salles Les Rhunes et les Vagues, Biarritz, 25 juin-3 octobre 2004.
- 2018 CASTRES : Gargallo, le vide est plénitude, Castres, musée Goya, musée d’art hispanique, 29 juin – 28 octobre 2018.
« L’invention, la découverte d’un rythme est le plus grand événement » Gargallo[1]
« Gargallo nous montre deux visages, celui du fer et celui de la terre. La découpe du métal, en espaces « intellectuels » et la forme pleine, « sensuelle » de la terre sont aussi paradoxales qu’elles deviennent nécessaires l’une à l’autre, s’enrichissant mutuellement. »[2]
Tout au long de son œuvre, Gargallo a oscillé entre deux styles, deux univers, deux manières de s’exprimer. Il y a le versant des œuvres en métal avec lesquelles il a exploré des modes de représentation nouveaux, s’inscrivant alors dans l’art des avant-gardes ; et il y a le versant des sculptures modelées dans la terre ou taillées dans la pierre, s’inscrivant dans la tradition classique. Torse de Gitan est bien sûr une œuvre parfaitement représentative de cette recherche, héritière de la vision de la Grèce classique. En 1923, Gargallo vient d’achever une série de sculptures en métal et terre dans lesquels il traitait le volume plein par la forme creuse. Après ce travail expérimental, il revient à la ronde-bosse qui lui est fondamentale. Plus largement, cette période de l’entre-deux-guerres correspond à un « retour à l’ordre » chez de nombreux artistes, - avec en chef de file Pablo Picasso, pour lesquels il s’agit de réinterpréter l’idéal classique, en réaction aux déconstructions des avant-gardes.
Le Torse de Gitan procède d’un modèle complet en pierre taillé en 1923[3] dont Gargallo supprime les bras, une partie de la tête et les jambes. Il réalise ensuite un moule en plâtre du torse obtenu, le retravaille pour en faire une édition en bronze et quelques terre-cuites. Un bronze est exposé à la Biennale de Venise de 1950.
Gargallo affectionne la représentation de la nudité féminine mais à plusieurs reprises il s’attache également à donner une vision très sensible du corps masculin. À travers cette représentation d’un corps nu, le sculpteur cherche la beauté absolue. Le torse dote l’œuvre d’une certaine universalité, aucune individualité n’apparait. Pourtant le titre nous indique qu’il s’agit d’un gitan. Le gitan désigne un tzigane d’Espagne et Gargallo a déjà représenté ce thème en 1920-1921, avec un Masque de Gitan[4] en cuivre découpé dont les cavités des yeux et de la bouche sont laissées vide. Mais ici, l’universalité domine, il s’agit du torse d’un jeune homme, et seul le titre se réfère à ce thème. La recherche d’expression passe exclusivement par le corps, son traitement, sa matière. Gargallo avait commencé par créer un Torse de Femme en cuivre en 1915. Mais le torse est une solution classique et le sculpteur s’en tiendra à faire coïncider le style et le sujet par la suite : en 1925 puis 1934, il crée de très beaux Torse de Femme[5] et Torse de Jeune fille[6] dans le même esprit que celui que nous étudions ici.
Dans Torse de Gitan, le bassin marque un faible déhanchement provoqué par la jambe gauche légèrement portée en avant. Cet apport d’une dynamique dans la pose est un héritage des développements de la sculpture grecque classique après l’immobilisme des Kouros de la période archaïque. Mais le contrapposto est ici plus discret que dans la figure du Jeune berger[7] en pierre, conservée au Musée national d’art catalan de Barcelone. Les courbes sont douces, les détails à peine esquissés, les formes pures. L’ensemble est harmonieux et atemporel. La terre cuite chez Gargallo revêt une texture lisse, un grain fin, une teinte chaude, une « peau » vivante et sensuelle. « Il trouve dans le rendu précis des chairs, dans la surface palpitante de la peau une source vitale, une connaissance, une reconnaissance des formes qu’il pourra plus aisément accorder ensuite à l’imaginaire du vide. »[8]
Notre sculpture est l’une des quatre terre cuites tirées et retouchées par Gargallo à partir du plâtre original. Elle est signée et numérotée 1/4 et provient directement de la succession de l’artiste. Les trois autres terre cuites sont conservées dans des collections particulières.
Quant à l’édition en bronze, elle existe dans deux versions :
- L’une, avec base haute comprend cinq exemplaires répertoriés, numérotés en chiffres romains. Le I est conservé au Museu nacional d’art de Catalunya à Barcelone (inv. 004672-00).
- L’autre, avec base basse, comprend 7 épreuves numérotées de 1/7 à 7/7 ainsi que 3 épreuves d’artiste numérotés de 1/3 à 3/3. Le 1/7 est conservé au Museo nacional centro de arte Reina Sofia à Madrid (inv. AS00684) et le 5/7 est au musée Tavet de Pontoise.
[1] 1979 ANGUERA, p.153.
[2] Jean Anguera in. 1979 ANGUERA, p.99.
[3] 1998 CATALOGUE RAISONNÉ, n°104 : Jeune Gitan (état I), 1923, pierre, 71 x 24,5 x 20 cm, Museo Pablo Gargallo, inv. 046.
[4] 1998 CATALOGUE RAISONNÉ, n°88.
[5] 1998 CATALOGUE RAISONNÉ, n°120 et 121.
[6] 1998 CATALOGUE RAISONNÉ, n°204 et 205.
[7] Jeune berger, 1918, pierre, 58,7 x 27 x 15,5 cm, don de la famille en 1972, Museu nacional d’art de Catalunya, inv. 108415-000.
[8] Jean Anguera in. 2001 EXPOSITION, p.39.