Jane Poupelet

Oie au cou dressé dite aussi Petite oie 1923

Plâtre
Non signé
16 x 5,9 x 11,2 cm

Provenance

  • Famille de l’artiste ;
  • Collection Julien Saraben (1892-1979), ancien conservateur du musée du Périgord (jusqu’en 1957) ;
  • Collection, Jacques Saraben, par descendance.
La sculpture est accompagnée d’une lettre manuscrite du précédent propriétaire Jacques Saraben, en date du 13 décembre 2024, attestant de la provenance de l’œuvre.
 

Bibliographie sélective

  • 1910 AGEORGES : Joseph Ageorges, « Les petites bêtes de Mlle Poupelet », in Le Mois littéraire et pittoresque, 1910, p. 406-410.
  • 1913 GUILLEMOT : Maurice Guillemot, « Jane Poupelet », in Art et Décoration, n°12, décembre 1913, p. 51-56.
  • 1924 MARTINIE : Henri Martinie, « Jane Poupelet », in Art et Décoration, septembre 1924, p. 89, repr. (bronze)
  • 1930 KUNSTLER : Charles Kunstler, Jane Poupelet, Paris, Éditions G. Crès & Cie, 1930, n°8, NP (p. 24), repr. (bronze)
  • 1933 MARTINIE : Henri Martinie, « Jane Poupelet », in L’Art Vivant, n°168, Janvier 1933, NP (p. 3), repr. (bronze)
  • 1973 WAPLER : Vincent-Fabian Wapler, Jane Poupelet, sculpteur, 1878-1932, mémoire de maîtrise sous la direction de M. Souchal, Lille, Université Lille III, UFR d’Histoire de l’Art, 1973, n°64, p. 216, repr. (bronze)
  • 2005 RIVIÈRE : Anne Rivière, Jane Poupelet 1874-1932. « La beauté dans la simplicité », catalogue d’exposition [Roubaix, La Piscine – musée d’art et industrie André Diligent, 15 octobre 2005 – 15 janvier 2006, Bordeaux, musée des beaux-arts, 24 février – 4 juin 2006, Mont-de-Marsan, musée Despiau-Wlérick, 24 juin – 2 octobre 2006], Paris, Éditions Gallimard, 2005, n°143, p. 109, repr. (autre plâtre)
  • 2011 RIVIÈRE : Anne Rivière, Sculpture’Elles. Les sculpteurs femmes du XVIIIe siècle à nos jours, catalogue d’exposition [Boulogne-Billancourt, musée des Années Trente, 12 mai – 12 octobre 2011], Boulogne-Billancourt, musée des Années Trente-Paris, Somogy, 2011, p. 166-167, repr. (bronze)
  • 2017 RIVIÈRE : Anne Rivière, Dictionnaire des sculptrices, Paris, mare & martin, 2017.
« M’émerveillerai-je jamais assez des bêtes »[1]
 
Jane Poupelet se passionne pour les animaux de la ferme. La famille de Jane Poupelet possédait en effet un vaste domaine agricole à Clauzure, en Dordogne périgourdine, où la sculptrice est née, entourée d’animaux dès son plus jeune âge. Elle conserve pour ce lieu une véritable affection, qui ne la quitte jamais vraiment. Même après son départ pour la capitale vers 1896-1897, Jane Poupelet retourne fréquemment dans sa région natale, partageant son temps entre Paris et le domaine familial de La Gauterie, peuplé d’animaux domestiques et de ferme.
 
C’est cet amour des bêtes qui lui vaudra la reconnaissance de la critique. À partir de 1906, seulement 7 ans après ses débuts au Salon[2], elle présente ses premiers animaux : Cinq chats au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts en 1906 ; une Vache rentrant à l’étable et un Ânon au Salon d’Automne en 1907, Ânon qui sera régulièrement reproduit dans la presse tout au long de sa carrière. Déjà en 1914 un critique se plaint de ne pas voir ses œuvres animalières assez exposées : « Quand donc Mlle Poupelet nous fera-t-elle le plaisir de réunir en une petite exposition la série de ses petits animaux. Je me souviens de quelques-uns : canards, vache, que j’aimerais bien revoir. »[3]
 
Avec cette Oie au cou dressé ou Petite oie, l’artiste représente ici l’animal le cou relevé, la tête légèrement de trois-quarts. L’oie est attentive, à l’écoute de son environnement. Extrêmement vivante, cette Petite oie semble avoir été immortalisée alors qu’elle déambulait près de l’artiste, avant de s’arrêter, peut-être alertée par un bruit. « Seule la masse compte et on ne retrouve plus avec cette Oie, les détails que l’artiste avait adoptés pour rendre les plumages de son Coq[4]. »[5]
 
L’oie fait partie de ces animaux peu présents dans le bestiaire de l’artiste. Dans le catalogue de son œuvre sculpté, seule une autre sculpture représente une oie : Oie au cou courbe, modèle daté de 1908. De même en dessin, Poupelet n’a démultiplié les croquis de l’animal que sur trois feuilles dignes des planches de La Manga d’Hokusaï : Oie escaladant une mangeoire, Cinq croquis d’oies mangeant[6], et Études d’oies et de canards, conservée au musée national d’art moderne (n°inv. AM 1147 D).
 
Le modèle est exposé pour la première fois à la Galerie Bernier, lors de la première grande exposition monographique consacrée à Jane Poupelet de son vivant, en 1928[7]. Il est ensuite régulièrement exposé, comme à la « Rétrospective Jane Poupelet » en 1938[8], quelques temps après son décès, toujours à la Galerie Bernier ; au musée du Périgord, en 1949[9] ; au musée Rodin, en 1959[10] ; ou encore lors de l’exposition « L’Esprit d’une époque » organisée par l’association Montmartre aux artistes, en 2001[11].
 
La critique est unanime quant aux représentations de ces oies : Charles Saunier (1865-1941) décrit la finesse et la délicatesse de l’animal que la sculptrice a su capturer et reproduire : « […], et tels petits animaux, une oie, par exemple, témoignent de l’observation juste et intelligemment concise de Mademoiselle Poupelet. »[12] Quant à Adolphe Basler (1876-1951), ce dernier s’attarde plutôt sur la prouesse technique accomplie par l’artiste, qui arrive à retransmettre la sensibilité et la personnalité de l’animal : « Lorsque Jane Poupelet dessine ou modèle une vache marchant, un ânon, un lapin, une oie, un coq, un bœuf ou un chien endormi, elle nous fait partager le plaisir qu’elle prend à contempler leurs structures parfaites. La seule anatomie ne suffirait pas à expliquer leur charme. C’est l’esprit qui dégage leur caractère, leur articulation harmonieuse. Leur silhouette ramassée, leur volume concis tiennent à une fantaisie très simple, à la sobriété de l’exécution. »[13]
 
De fait, Jane Poupelet était particulièrement proche de François Pompon (1855-1933) ; c’est avec lui qu’elle fonde, en 1931, le « groupe des XII », réunissant plusieurs artistes animaliers[14]. Ce dernier, ainsi que Marcel Lémar (1892-1941), ont, eux aussi, livré leur interprétation de l’animal en sculpture à l’instar de leur consœur : Oie (Paris, musée d’Orsay, n°inv. RF 4257) et Oie de Toulouse (Paris, musée national d’art moderne en dépôt à Roubaix, La Piscine-musée d’art et d’industrie André Diligent, n°inv. AM 749 S). La Petite Oie de Poupelet se rapproche plus de l’Oie de Toulouse de Lémar, notamment dans la position du cou relevé et la forme caractéristique du corps et du plumage, bien que le modelé lisse et la synthétisation des formes la rapproche plutôt de celle de Pompon. Pourtant, Poupelet est la seule à avoir su retranscrire la vivacité et saisir le côté gracile et gracieux de l’animal.
 
À ce jour, deux plâtres de l’Oie au cou dressé dite Petite oie ont été répertoriés :
  • un plâtre est conservé en collection particulière[15] ;
  • un plâtre, présenté ici. Ce dernier, conservé, après la mort de la sculptrice dans sa famille, rejoint la collection de Julien Saraben (1892-1979), conservateur du musée du Périgord durant vingt ans, jusqu’en 1957. Après 1979, la sculpture est conservée par son fils, Jacques Saraben, jusque récemment. Par témoignage, ce dernier explique que son père « entra en contact avec des cousines de Jane Poupelet, les sœurs Cosson. Il fit découvrir et acheter des œuvres pour le musée de Périgueux. »[16] La famille de Jane Poupelet possédant une propriété en Dordogne comme nous l’avons dit plus haut, ceci explique la provenance périgourdine de notre sculpture.
La Petite oie a fait l’objet d’une édition en bronze, dont au moins cinq exemplaires ont été répertoriés[17] :
  • États-Unis, collection Tiffany en 1924 ;
  • États-Unis, collection Porter en 1925. L’œuvre, léguée par George F. Porter en 1927, fait désormais partie des collections de l’Art Institute à Chicago (n°inv. 1927.369) ;
  • États-Unis, collection Dodge en 1927 ;
  • France, collection André Moulinié ;
  • enfin, une épreuve est conservée dans les collections du musée national d’art moderne suite à la donation des sœurs de l’artiste à l’État en 1934 de plus de 64 dessins et 12 sculptures. L’œuvre est en dépôt au musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt depuis 1995 (n°inv. AM 574 S).

[1] Colette, dans ses Dialogues de Bêtes publiés en 1904 (citée in Pierrette Bourdanton, « Pour un hommage au grand sculpteur Jane Poupelet », in Revue des artistes français, n°9, janvier 1982, p. 8).
[2] Jane Poupelet expose pour la première fois au Salon de la Nationale des Beaux-Arts en 1899 sous le pseudonyme masculin de « Simon de La Vergne ».
[3] 1914 DILIGENT, p. 2.
[4] Voir la fiche du Coq marchant dit aussi Chantecler (mettre le lien vers la fiche sur le site de la Galerie ?)
[5] 1973 WAPLER, p. 217.
[6] Voir 2005 RIVIÈRE, n°247, p. 127 et n°248, p. 128, repr.
[7] « Jane Poupelet. Dessins et Sculptures », Paris, Galerie Bernier, 24 janvier – 11 février 1928, n°11 (voir 2005 RIVIÈRE, p. 151).
[8] « Rétrospective Jane Poupelet », Paris, Galerie Bernier, 6-24 mai 1938 (voir 2005 RIVIÈRE, p. 153).
[9] « Exposition Jane Poupelet », Périgueux, musée du Périgord, juin-août 1949, n°17 (voir 2005 RIVIÈRE, p. 154).
[10] « Histoires naturelles », Paris, musée Rodin, 25 juin – 15 octobre 1959, n°125 (voir 2005 RIVIÈRE, p. 154).
[11] « L’Esprit d’une époque », Paris, Montmartre aux artistes, 1er-2 décembre 2001 (voir 2005 RIVIÈRE, p. 155).
[12] Charles Saunier, Le Salon de 1908, Paris, Goupil & Cie, 1908, p. 36.
[13] Adolphe Basler, « Une artiste de race : Jane Poupelet », in La Revue mondiale, 1er mars 1931, p. 80-81.
[14] Le groupe rassemble les peintres et sculpteurs Charles Artus (1897-1978), Gaston Chopard (1883-1942), Georges Guyot (1885-1972), Georges Hilbert (1900-1982), Adrienne Jouclard (1882-1972), Paul Jouve (1878-1972), Marcel Lémar (1892-1941), André Margat (1903-1997), François Pompon (1855-1933), Jane Poupelet, Anne-Marie Profillet (1898-1939), et Jean-Claude Baugnies de Saint-Marceaux (1902-1979).
[15] 2005 RIVIÈRE, n°143, p. 108-109, repr.
[16] Lettre manuscrite de Jacques Saraben attestant de la provenance de cette sculpture. Le musée d’Art et d’Archéologie du Périgord conserve 6 sculptures et 14 dessins de Jane Poupelet. Baigneuse ou nu descendant dans l’eau en bronze est achetée aux sœurs de l’artiste en 1947 qui donnent la même année au musée les groupes sculptés en plâtre de l’Enterrement d’un enfant en Périgord et du Départ aux champs de deux paysans. Les autres œuvres sont données l’année suivante, en 1948 par l’entremise du Comité Départemental de Libération de la Dordogne.
[17] 1973 WAPLER, p. 216.