Jane Poupelet

Nu féminin de dos

Plume et lavis de brou de noix
Signé : J Poupelet
H. 61 ; L. 34,5 cm

Provenance

  • France, famille de l’artiste
  • France, collection Julien Saraben (1892-1979), conservateur du musée du Périgord de 1942 à 1957
  • France, collection Jacques Saraben, par descendance

Bibliographie

  • 1930 KUNSTLER: Kunstler, Charles, Jane Poupelet, Paris, Éditions G. Crès et Cie, 1930.
  • 2003 DUMAINE : Dumaine, Sylvie, Les dessins de la statuaire Jane Poupelet (1874-1932), collection de dessins déposée à Roubaix, La Piscine, musée d’art et d’Industrie-André Diligent, mémoire de maîtrise, sous la direction de Frédéric Chappey, Université de Lille III, 2 tomes, 2003.
  • 2005 CATALOGUE : Roubaix, La Piscine-musée d’Art et d’Industrie André Diligent, Jane Poupelet 1874-1932 « la beauté dans la simplicité », Éditions Gallimard, 2005.
« Depuis Renoir, personne n’a rendu, comme elle, le charme sensuel de la femme, la suavité des chairs épanouies, la fermeté des muscles en action, le relâchement des muscles au repos ; personne n’a suggéré, comme elle, avec quelques traits de plume ou quelques taches d’encre, une articulation complexe comme celle d’un pied ou d’un genou. »[1]
 
Jane Poupelet dessine dès son plus jeune âge. Alors qu’elle est envoyée en pension à Bordeaux à l’âge de 8 ans, en 1882, c’est avec une « vieille demoiselle »[2] qu’elle se forme à l’art du dessin pendant plus de dix ans. Ses efforts sont récompensés en 1892 avec l’obtention d’un certificat d’aptitude pour l’enseignement du dessin dans les écoles. La même année, elle s’inscrit à l’École municipale des beaux-arts et des arts décoratifs. En plus d’être la première femme à y être admise, elle est aussi l’une des premières, avec cinq autres femmes, à pouvoir suivre les cours d’anatomie et assister aux dissections de la faculté de médecine de Bordeaux. En 1895, ses études sont couronnées d’un diplôme du gouvernement de Professeur de dessin. Avec ce second diplôme en poche, la jeune femme se rend à Paris entre la fin de l’année 1896 et le début de l’année 1897 : elle y esquisse les monuments parisiens et leurs décors et accumule de nombreux carnets de croquis. Pourtant, ce qui va l’intéresser tout particulièrement au début du XXe siècle, en plus des animaux, c’est le corps féminin.
 
Le dessin présenté ici figure une femme nue, vue de dos. Le modèle se tient debout, cambré, les bras croisés sous la poitrine et la nuque arrondie par le léger mouvement de la tête vers l’avant. S’inscrivant dans la verticalité, sur toute la hauteur de la feuille, ce corps féminin, est puissamment ancré dans le sol. Le cadrage est si resserré sur la figure que les extrémités, pieds et tête, sont coupées. La pose est monolithique avec les bras repliés sur le torse et les jambes serrées l’une contre l’autre.
 
Dépouillée, la composition du Nu féminin de dos présente cependant une tache de brou de noix reléguée sur le bord droit du dessin. Cette bizarrerie interroge : « s’agit-il d’une gestuelle, d’un tic, d’un rite, d’un échauffement précédant la concentration inhérente à la fulgurance de l’exécution ? »[3]. On retrouve ces taches de matière dans d’autres nus féminins de Jane Poupelet.
 
Un dessin très similaire à Nu féminin de dos est conservé au Musée National d’Art Moderne de Paris : Nu de dos tenant un bâton est issu de la donation de la famille de l’artiste en 1934 (inv. AM 1176 D).
 
Jane Poupelet conquiert « la beauté dans la simplicité », selon l’expression de Rodin. Elle confie dans une de ses rares notes manuscrites : « L’art consiste à rendre la beauté et la laideur. C’est la raison d’être… le beau en art est la splendeur du vrai. La beauté n’est pas vraie, n’est pas une, elle varie suivant chaque individu. »[4]. Cette vision brute et authentique, est palpable dans notre Nu féminin de dos qui ne tente pas de séduire. La corpulence massive du modèle et le réalisme cru des chairs témoignent de la volonté de l’artiste de rendre avec vérité le corps de ses femmes, sans artifices, ni grâce.
 
Les dessins de Jane Poupelet sont rarement des études préparatoires à la sculpture, mais bien des œuvres autonomes qui présentent pourtant tous les caractéristiques de l’art statuaire. Notre nu est traité avec cette vision très en volume des formes, spécifique au « dessin de sculpteur ». La silhouette est cernée à la plume, d’un trait fin, tandis que le modelé est construit par un travail très dense de hachures et de frottis ombré au lavis de brou de noix, une teinture naturelle que l’artiste affectionnait particulièrement pour son caractère local, rustique et facile d’approvisionnement. La lumière donne toute ses nuances à cette architecture, rehaussant par touches les parties saillantes du corps.

[1]1930 KUNSTLER, p. 10.
[2] 2005 CATALOGUE, p. 13.
[3] 2003 CATALOGUE, p. 82.
[4] 2005 CATALOGUE, p. 83.