Aristide Maillol

Jeune fille assise se tenant le pied 1905 or earlier

Épreuve en terre cuite
Signé (au dos sur la base) : ARISTIDE MAILLOL
Inscrit (dessous) : 412
H. 21 ; L. 12 ; P. 7 cm

Provenance

  • France, collection particulière

Bibliographie

  • 1937 CLADEL : Judith CLADEL, Aristide Maillol, sa vie, son œuvre, ses idées, éditions Bernard Grasset, 1937.
  • 1996 CATALOGUE EXPOSITION BERLIN-LAUSANNE-BREME-MANNHEIM : Ursel Berger, Jörg Zutter, Aristide Maillol, Georg-Kolbe Museum de Berlin, 14 janvier au 5 mai 1996, musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, 15 mai - 22 septembre 1996, Gerhard Marcks-Museum, 6 octobre 1996 - 13 janvier 1997, Städtische Kunsthalle de Mannheim, 25 janvier - 31 mars 1997, éditions Flammarion, Paris, 1996.  
  • 2021 BERGER-LEBON : Ursel Berger, Elisabeth Lebon, Maillol (re)découvert, Galerie Malaquais, éditions Gourcuff Gradenigo, Paris, 2021, modèle n°13 en bronze, p. 15.
  • 2022 CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX : Maillol, exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie », Paris, Musée d’Orsay, 12 avril - 21 août 2022, Zurich, Kunsthaus Zürich, 7 octobre - 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine, musée d’Art et d’Industrie André Diligent, du 18 février – 21 mai 2023, éditions Gallimard, Paris, 2022.
  • 2022 CATALOGUE EXPOSITION BEAUVAIS : Adélaïde Lacotte, Sylvain Pinta, André Metthey. La quête du feu et de la couleur, musée de l’Oise à Beauvais, 6 mars -18 septembre 2022, éditions Lineart, Paris, 2022.
Vers 1900, après vingt ans consacrés à une production de peintures et d’arts décoratifs, Aristide Maillol (1861-1944) débute sa pratique sculpturale. Il présente des figures debout ou assises, aux expressions neutres et intériorisées, avec peu ou pas de gestuelle. Son style repose sur « la simplification et la concentration de la forme dans une construction spatiale très pure »[1]. Maillol est rapidement perçu comme un acteur majeur de la sculpture moderne, à contre-pied de l’expressionnisme rodinien. Concernant La Méditerranée[2], André Gide dira en 1905 : « Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse (…) Je crois qu’il faut remonter loin en arrière pour trouver une aussi complète négligence de toute préoccupation étrangère à la simple manifestation de la beauté »[3]. Pour l’historien et critique d’art allemand Julius Meier-Graefe, dans son ouvrage Entwicklungsgeschichte der modernen Kunst publié en 1904, « l’élément pictural domine la sculpture française, depuis Jean Goujon jusqu’à Jean-Baptiste Carpeaux, et l’impressionnisme pictural finit par contaminer la plastique contemporaine à travers Rodin et Medardo Rosso. »[4]. Meier-Graefe n’est pas étonné qu’une autre forme de création se mette en place, « il était (…) inévitable qu’une réaction se produisît » : cette réaction, il l’appelle « la lutte pour le style »[5]. Maillol vient en effet d’un autre horizon, celui des Nabis, de Gauguin et de Maurice Denis ; il participe à cette nouvelle modernité. La forme prend ainsi le pas sur l’expression, la composition sur la représentation, la pierre sur la chair, la matérialité sur l’idée et la monumentalité sur l’anatomie. Tout tend à l’unification, la totalité et la synthèse. Le sculpteur Constantin Brancusi s’éloigne aussi de Rodin pour s’engouffrer dans cette nouvelle voie[6] en suivant les « créatures muettes »[7] de Maillol.
 
Avec Jeune fille se tenant le pied, éditée par Vollard en 1905, Maillol présente une figure féminine dénudée, assise sur un petit monticule de terre, une jambe posée sur l’autre, les mains tenant sa cheville droite. Son canon est caractéristique de celui développé par l’artiste à partir du début des années 1900. Le corps est dense, la matière lisse, les formes simples.
 
Maillol rencontre le marchand Ambroise Vollard en 1898 par l’intermédiaire du peintre Edouard Vuillard. Vollard commence alors à commercialiser les peintures de Maillol comme La Vague[8]. Puis, il organise une exposition personnelle de l’artiste du 16 au 30 juin 1902. Judith Cladel décrit assez précisément les œuvres exposées, dont des sculptures[9]. Elle cite, parmi les trente-trois œuvres, trois tapisseries, un canapé, quatre écrans, une veilleuse en terre cuite, un marteau de porte en fer, une pendule en cuivre doré, une fontaine en terre émaillée, une glace, un berceau pour son fils, deux statues, des bas-reliefs, des têtes, des figurines en plâtre, en bois et en bronze. L’écrivain Octave Mirbeau acquiert ainsi un bronze de Léda[10]. Cladel ajoute : « Le succès de cette petite exposition induisit Maillol à multiplier ses figures, spécialement les terres-cuites, qui lui permettaient, enfin, de gagner à peu près sa vie »[11]. Le 10 septembre 1902, l’artiste signe un premier contrat d’édition avec Vollard qui concerne une dizaine de sculptures. Un deuxième contrat est signé entre les deux hommes en 1905. S’y trouvent « achetées à Monsieur Aristide Maillol sculpteur sept statuettes avec le droit d’édition et de reproduction »[12]. Les éditions des sculptures de Maillol se font dans divers matériaux : le bronze, la terre cuite, parfois d’autres métaux.
 
Des fours à céramique sont construits par Vollard pour l’artiste dans sa maison de campagne à Villeneuve Saint George entre 1898 et 1903, à proximité du domicile de l’artiste à l’époque. En 1907 ces fours sont déplacés sur le terrain possédé par Maillol à Marly-le-Roi, comme en témoigne le comte Harry Kessler[13]. Les terres cuites de Maillol, sorties de ces fours, prennent souvent place dans les domiciles d’amis peintres et artistes et sont parfois même représentées dans leurs œuvres[14].
 
Selon l’expertise du Dr. Ursel Berger à propos de notre Jeune fille assise se tenant le pied :
  • La statuette est l’un des modèles vendus par Aristide Maillol avec tous les droits au marchand d’art Ambroise Vollard. Cette transaction est documentée dans le contrat entre l’artiste et le galeriste signé le 20 décembre 1905 : « femme assise tenant son pied aux mains ».
  • Vollard a édité ce modèle en bronze et en terre cuite blanche, comme notre exemplaire.
  • C’est le céramiste André Metthey qui a probablement produit ces épreuves.
  • La figure porte une signature inhabituelle dans l’œuvre de Maillol (sauf dans deux éditions Vollard : numéros 12 et 14). Cette signature, avec le nom et le prénom en caractères irréguliers, doit probablement être ajoutée au modèle par la galerie Vollard avant la cuisson. On la trouve sur presque toutes les épreuves de la Femme assise.
  • L’édition était illimitée ; le nombre de terres cuites (et de bronzes) n’est pas connu.
  • Ce modèle semble avoir été exécuté moins fréquemment que d’autres éditions Vollard.
  • C’est une épreuve légale du vivant de l’artiste (sur le marché de l’art on trouve aussi des épreuves posthumes, faites sans l’accord de l’artiste).
Une autre épreuve en terre cuite est conservée au Metropolitan Museum à New York (1984.433.36).
 
André Metthey (1871 – 1920) est un céramiste français. Suivant la voie de Théodore Deck[15] il remet à l’honneur la faïence stannifère par une palette d’émaux destinée à la décoration peinte, permettant un coloris éclatant sur un fond blanc d’argent. Il se tourne progressivement vers ce que les critiques de son époque nomment « terre vernissée »[16], qu’il s’agisse d’objets d’art ou d’éléments d’architecture. Nous connaissons une collaboration entre le céramiste et Maillol, par l’intermédiaire d’Ambroise Vollard et de la galerie Druet[17]. Elle porte sur deux pratiques : la céramique et la terre cuite. Dans le domaine de la céramique, cinq Vases peuvent être reliés à une production en 1907. Quatre d’entre eux offrent les monogrammes de Maillol et Metthey. Sur deux autres s’ajoute le monogramme d’Ambroise Vollard. Ces objets présentent une forme balustre caractéristique de la série de décors commandée par Vollard à plusieurs artistes. Ils sont probablement cuits dans l’atelier d’Asnières de Metthey puis présentés à l’exposition du céramiste « Grès, porcelaine et faïences stannifères » au Salon d’Automne 1907. Maillol y figurait en tant que « collaborateur », avec d’autres artistes. Dans le domaine de la terre cuite, le Buste de Clotilde Maillol vers 1903 – 1905, commande d’Oskar Schmitz, est confiée à un « faïencier »[18] qu’on suppose être Metthey. L’estampage de certaines terres cuites amènent également à la reconnaissance de cette collaboration. Parmi les œuvres cuites chez Metthey, se trouve la Baigneuse aux bras relevés[19]commercialisée par la galerie Druet et qui fera partie de son envoi à New-York en 1913 pour l’Armory Show. Le 20 août 1907, le comte Kessler voit chez le céramiste deux exemplaires « pas encore cuits ». Il semblerait que Maillol soit attaché au céramiste, et lui confie l’édition d’œuvres en terre cuite, dont notre exemplaire ferait partie.

[1] CATALOGUE EXPOSITION BERLIN-LAUSANNE-BREME-MANNHEIM, p. 40.
[2] Aristide Maillol, Méditerranée, version en marbre éditée entre 1923 et 1927, inv. RF3248, Musée d’Orsay, Paris.
[3] Catherine Chevillot, « Maillol et son temps », dans 2022 CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX, p. 12.
[4] Catherine Chevillot, « Maillol et son temps », dans 2022 CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX, p. 12.
[5]Julius Meier-Graefe, « Bibliographie », recension vers 1903, coupure de presse, Paris, musée Rodin, documentation dans 2022 CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX, p. 12.
[6] Brancusi expliquant son renoncement à rester dans l’atelier du patriarche : « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres », cité dans CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX, p. 13.
[7] Carola Giedion-Welcker, Constantin Brancusi (1867-1957), biographie et bibliographie de Hans Bolliger, version française d’André Tanner, Neuchâtel, éditions du Griffon, 1958, p. 29, citée dans CATALOGUE EXPOSITION PARIS-ZURICH-ROUBAIX, p. 13.
[8] Aristide Maillol, La Vague, vers 1891-1898, huile sur toile, inv. PPP2279, Petit Palais, Paris.
[9] 1937 CLADEL, p. 63.
[10] Maillol, Léda, 1901-1902 (modèle), bronze, Wintherthur, Sammlung Oskar Reinhart “Am Römerholz”.
[11] 1937 CLADEL, p. 64.
[12] 2021 BERGER-LEBON, p. 13.
[13] Comte allemand devenu le mécène de Maillol à partir de 1904, il écrit dans son journal : « 5 juillet 1907. Avec Maillol et Vollard à Villeneuve-Saint-Georges, pour aller voir le four dans lequel Maillol veut remettre à faire cuire des pièces en terre. Il doit être transporté à Marly. (…) Nous nous sommes rendus ensuite, toujours sous la pluie, à la maison de campagne de Vollard pour examiner le four, qui se trouvait, à moitié démonté dans un hangar. Maillol a pris des dispositions pour le faire transporter à Marly » Comte Henry Kessler, Journal. Regards sur l’art et les artistes contemporains, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2017 (tome II : 1907-1937, p. 36-37), cité dans 2021 BERGER-LEBON, p. 27.
[14] Pierre-Auguste Renoir, Portrait d’Ambroise Vollard, 1908, huile sur toile, inv. P1932.SC.340, Londres, The Courtauld Institute of Art. Le marchand tient la Femme accroupie de Maillol dans les mains.
[15] Et notamment son ouvrage La Faïence de 1865.
[16] Il s’agit de terre cuite glaçurée.
[17] Antoinette Le Normand-Romain, « Maillol et Metthey » dans 1996 CATALOGUE EXPOSITION BERLIN-LAUSANNE-BREME-MANNHEIM, p. 94-97.
[18] 1996 CATALOGUE EXPOSITION BERLIN-LAUSANNE-BREME-MANNHEIM, n°49, p.92.
[19] Aristide Maillol (1861 – 1944), Baigneuse aux bras relevés, c. 1900, terracotta, 111,5 x 35,6 x 16 cm, KM 118.325, Otterlo, Kröller-Müller Museum.