Jane Poupelet

Chat c. 1915

Jouet articulé
Bois peint
6,7 x 22 x 2,8 cm

Provenance

  • France, atelier de l’artiste.

Bibliographie

  • 1930 KUNSTLER : Charles Kunstler, Jane Poupelet, Paris, Éditions G. Crès & Cie, 1930.
  • 1973 WAPLER : Vincent-Fabian Wapler, Jane Poupelet sculpteur (1878-1932), mémoire de maîtrise présenté sous la direction de Monsieur Souchal, Professeur d’histoire de l’art, en mai 1973, faculté des lettres et sciences humaines de Lille III, n°54, p.198-200 (exemplaire évoqué).
  • 2005 RIVIÈRE : Anne Rivière, « Jane Poupelet 1874-1932 « La beauté dans la simplicité » », in Jane Poupelet (1874-1932), catalogue d’exposition, Roubaix, La Piscine – musée d’art et industrie André Diligent (15 octobre 2005– 15 janvier 2006) ; Bordeaux, musée des Beaux-Arts (24 février – 4 juin 2006) ; Mont-de-Marsan, musée Despiau-Wlérick (24 juin – 2 octobre 2006), Paris, Éditions Gallimard, 2005, p. 110, n°151 (exemplaire reproduit).
Formée à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, Jane Poupelet développe une excellente connaissance des œuvres des Maîtres des siècles passés, qu’ils soient européens, japonais ou égyptiens… Parmi ses contemporains, elle fréquente Lucien Schnegg, praticien de Rodin, et ses amis. Elle devient ainsi membre de la « Bande à Schnegg »[1], et sera, avec Charles Despiau, l’une des principales ambassadrices du style épuré aux formes lisses hérité de la tradition gréco-romaine, en rupture avec l’art agité de Rodin. Très tôt, Jane Poupelet se met à développer un bestiaire constitué d’animaux domestiques et de ferme. Elle croque sur le vif des chats, poules, coqs, vaches, ânes et lapins. Elle observe l’animal dans ses déplacements et traque la posture qui l’intéresse. Au cours de l’année 1906, elle s’éloigne du naturalisme ou de l’anecdote[2], faisant du comportement animal une forme hiératique et intemporelle. Ce travail d’après nature lui permet de faire naître des figures sculptées aux formes extrêmement synthétiques et justes.
 
Dès 1908, Jane Poupelet est intégrée au réseau artistique qui l’entoure. Elle participe à des Salons et à des expositions collectives, en France, en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis. Elle est active dans les milieux féministes français et américains. La Première Guerre mondiale interrompt sa carrière. Pour A. Salmon, elle « a sacrifié son avenir à l’humanité »[3] : à partir de 1915, elle se lance, avec d’autres artistes femmes[4], dans la production de jouets[5] pour enfants. Une note de Poupelet dresse une liste des motifs qu’elle propose, notamment animaliers : « lapins, des poules, coqs, poussins, chats, sauterelles, grenouilles, oiseaux, chevrettes, ainsi que des éléphants »[6]. La diffusion de ces objets est assurée par la galerie Excelsior, avenue des Champs-Élysées, et par Janet Scudder (1869-1940)[7] pour les Etats-Unis. Les revenus de ces jouets, en bois, sont reversés à des actions caritatives. Cette production précède l’action de l’artiste au sein du bureau de la reconstruction et de la rééducation de la Croix-Rouge américaine à Paris, avec Anna Ladd (1878-1939). Les deux sculptrices ont la mission de créer des masques pour les soldats défigurés par la guerre.
 
Le motif du Chat est récurrent dans son œuvre. C’est par ce motif qu’elle annonce sa production animalière, en présentant au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1906, cinq études de Chats, sous forme de presse papiers[8]. Elle décline cet animal en dessin, avec des esquisses[9], ainsi qu’en sculpture. On connait plusieurs bronzes, comme le Chat accroupi conservé à La Piscine de Roubaix, le Chat couché ou Chat recroquevillé, de 1904-1905 en collection particulière. Une production en plâtre est également à mettre en avant, avec le Chat lapant de 1905-1906 en collection particulière, ou encore la Chatte allaitant deux petits, de 1906 environ, également en collection particulière, entre autres[10].
 
Le jouet est traité dans sa forme pure, sans détours, les lignes sont nettes et tendues, les plans architecturés. Elle offre une représentation universelle de l’animal, à la manière des Égyptiens. Ce n’est plus « le portrait d’une bête mais plutôt la synthétisation d’une race, les caractères génériques, l’attitude d’une vraisemblance absolue, la statuette se haussant à une effigie définitive »[11]. L’artiste ne raisonne par ailleurs pas en termes de sujets et encore moins en « hiérarchie des genres » : « Le sujet, pour elle, c’est la vie »[12]. Il s’agit d’un jeu pour enfant, et comme l’écrit Claude Roger Marx : « Sous l’influence de Caran d’Ache et de Benjamin Rabier, le jouet en bois décomposait avec ses articulations simplifiées, les attitudes les plus cocasses »[13]. Il semblerait que l’artiste ait été influencée par une pratique de Caran d’Ache (1858-1909), qui consiste à « découper les silhouettes à la scie dans des plaquettes de bois contreplaqué ; les membres sont accrochés au corps par un axe transversal qui leur permet de pivoter et de donner l’attitude désirée à l’animal »[14]. Il s’agit d’un « procédé assez simple de plan peu épais et superposés »[15] qui « réduit à deux les points de vue qui ne peuvent être que latéraux »[16]. Si les membres de notre exemplaire ne sont pas mobiles, il possède néanmoins une queue articulée, qui peut se lever ou se baisser. Ces objets constituent néanmoins de véritables sculptures, ils sont nommés « Jouets artistiques » lors d’une exposition non datée[17].
 
Ce Chat en bois peint est représentatif à la fois du style de Jane Poupelet, mais également de sa personnalité et de ses engagements. Il est caractéristique de sa production pendant le premier conflit mondial, dont les revenus ont servi à soutenir les personnes impactées par la guerre. Il participe finalement du souhait de l’artiste de transformer la pratique sculpturale, notamment féminine, en « activité sociale »[18].

[1] 2005 RIVIERE, p. 33.
[2] 2005 RIVIERE, p. 39.
[3] Cité dans 1973 WAPLER, p. 202. 
[4] 1973 WAPLER, p. 198 : « Un dossier conservé par Jane Poupelet contient de la main de Janet Scudder la liste des artistes dont elle diffusait les jouets aux Etats-Unis, à Philadelphie. Ces artistes sont toutes des femmes non mariées : Mesdemoiselles Pauline Adour, Gaillard, Johnson, Lecomte, de Felce, Muffat, Elizabeth Nourse, Picard, Poupelet, Piramowicz, Swiecka, de Sakalski, Vérita. ».
[5] Pour des reproductions en couleur de jouets produits par l’artiste, voir 2005 RIVIERE, p. 110-111.
[6] 1973, WAPLER, p. 199.
[7] Janet Scudder est une médailleuse, sculptrice et peintre américaine. Elle étudie à la Art Academy de Cincinnati, dans l’atelier du sculpteur Louis Rebisso. Elle s’installe à Chicago et complète sa formation à l’Art Institute sous la direction de l’artiste John Vanderpoel. Elle travaille avec le sculpteur Lorado Taft qui emploie des praticiennes. Ils participent au chantier de l’Exposition Universelle de 1893. Scudder reçoit, à cette occasion, une commande personnelle de deux sculptures pour les pavillons de l’Illinois et de l’Indiana. Elle décide de traverser l’Atlantique pour achever sa formation à Paris, où elle va côtoyer Jane Poupelet.
[8] 2005 RIVIERE, p. 38.
[9] Jane Poupelet, Chat lapant, croquis, vers 1906, reproduit dans 2005 RIVIERE, p. 39.
[10] Voir 2005 RIVIERE, p. 102-104. Un bronze de Chat lapant est également répertorié.
[11] Maurice Guillemot, « Jane Poupelet », Art et Décoration, décembre 1913, n°12, p.56, cité dans 2005, RIVIERE, p. 38-39.
[12] 1930 KUNSTLER, p.7.
[13] Claude Roger Marx, Art vivant, n°179, 1933, cité dans 1973, WAPLER, p. 200.
[14] 1973 WAPLER, p. 200.
[15] 1973 WAPLER, p. 200.
[16] 1973 WAPLER, p. 200.
[17] 1973 WAPLER, p. 200.
[18] 2005, RIVIERE, p. 60.