Jane Poupelet
Méditation 1924
Plâtre
42 x 17,5 x 27 (dimensions sans le socle)
Provenance
- Famille de l’artiste
- Collection Julien Saraben (1892-1979), ancien conservateur du musée du Périgord (jusqu’en 1957)
- Collection Jacques Saraben, par descendance
La sculpture est accompagnée d’une lettre manuscrite du précédent propriétaire Jacques Saraben, en date du 13 décembre 2024, attestant de la provenance de l’œuvre.
Bibliographie
- 1924 ARTICLE : Martinie, Henri, « Jane Poupelet », Art et Décoration, 1924, n°1456, p.87-96, repr. (un plâtre).
- 1930 KUNSTLER : Charles Kunstler, Jane Poupelet, Paris, Éditions G. Crès & Cie, 1930, repr., n°9 (un exemplaire en bronze)
- 1973 WAPLER : Vincent-Fabian Wapler, Jane Poupelet sculpteur 1878-1932, mémoire de maîtrise présenté sous la direction de Monsieur Souchal Professeur d’histoire de l’art en mai 1973, faculté des lettres et sciences humaines de Lille III, n°62, p.214.
- 2005 RIVIÈRE : Anne Rivière, « Jane Poupelet 1874-1932 « La beauté dans la simplicité » », in Jane Poupelet (1874-1932), catalogue d’exposition, Roubaix, La Piscine – musée d’art et industrie André Diligent (15 octobre 2005– 15 janvier 2006) ; Bordeaux, musée des Beaux-Arts (24 février – 4 juin 2006) ; Mont-de-Marsan, musée Despiau-Wlérick (24 juin – 2 octobre 2006), Paris, Éditions Gallimard, 2005, n°87, p.100, repr. (un exemplaire en bronze).
Expositions de Méditation juste après sa création :
- 1924 Paris, Salon des Tuileries, n°1253
- 1930 Paris, Salon des Tuileries, n°2314
- 1930 Paris, Galerie Bernier (5 ex.)
- 1938 Paris, Galerie Bernier, rétrospective Poupelet
« Les plans et les volumes de ses nus obéissent à ses calculs et rejettent tout impressionnisme ; ainsi elle réalise de beaux rythmes disciplinés »[1]
Méditation date de 1924 mais reprend en partie la composition d’un modèle de Femme assise créé par l’artiste en 1913 et retouché pour en donner une version tronquée, sans bras ni tête, en 1922. Dans ces trois sculptures, un nu féminin se trouve assis, le dos droit se terminant par le cou courbé vers l’avant ; mais la position des jambes, parallèles dans les Femmes assises, sont croisées dans Méditation, et le mouvement des bras est aussi inédit ici, étant tous les deux repliés, l’un s’appuyant sur l’autre qui s’appuie sur la tête. Il s’agit d’une posture inusuelle, créant un rythme de lignes cassées qui répondent aux douces courbes du buste.
Cette sobre composition de femme assise sur un socle parallélépipède rappelle certaines sculptures de l’Art Égyptien de la Basse époque. Mais elle n’en a pas le hiératisme. Ses membres se trouvent dans une tension dynamique ; la position inconfortable suggère le mouvement. Jane Poupelet puise aussi aux sources de l’art du pourtour méditerranéen. Ces références résultent notamment de sa formation auprès de Lucien Schnegg, initiateur de la Bande à Schnegg dont la sculptrice fait partie au tournant du siècle. Ce groupe rassemble des sculpteurs indépendants, en rupture avec le style lyrique de Rodin, prônant un retour au calme antique.
Ici, idéalisation et beauté des proportions n’excluent pas un certain réalisme empreint de sensualité : on remarque les tendres bourrelets sur le ventre, la pression du bras replié sur le sein, la texture discrète du pubis.
Intitulée Méditation, la composition suggère l’introspection et la mélancolie, des thèmes que l’on trouve après-guerre chez l’artiste. Elle a été très engagée pendant la guerre en réparant les « gueules cassées » grâce à l’art du modelage qu’elle maîtrise ; puis dès 1922, elle souffre des prémices d’une maladie qui aura raison d’elle dix ans plus tard. Les sujets de ses sculptures se font l’écho du trouble qu’elle ressent. Cependant, Jane Poupelet, qui a toujours été une artiste engagée, notamment dans les mouvements féministes, est encore active et crée avec Suzanne Noël, le Soroptimist Club en 1924[2], une association interprofessionnelle de femmes, rapidement devenu un réseau international. Elle est aussi une artiste reconnue et appréciée, qui expose beaucoup en Europe et aux Etats-Unis.
Méditation est exposée pour la première fois au Salon des Tuileries de 1924. L’œuvre en plâtre est alors reproduite dans un article de Martinie dans la revue Art & Décoration[3]. La sculpture est à nouveau exposée dans l’édition de 1930 du Salon des Tuileries, puis figure dans la seconde exposition monographique de l’artiste à la galerie Bernier. Et il est indiqué que son tirage sera limité à 5 exemplaires.
Mais seul un bronze est actuellement connu et localisé dans une collection particulière : il s’agit d’un bronze doré, numéroté I/IV.
Un second plâtre se trouve dans la famille de l’artiste.
Notre plâtre, conservé, après la mort de la sculptrice, dans sa famille, rejoint la collection de Julien Saraben (1892-1979), conservateur du musée du Périgord durant vingt ans, jusqu’en 1957. Après 1979, la sculpture est conservée par son fils, Jacques Saraben, jusque récemment. Par témoignage, ce dernier explique que son père « entra en contact avec des cousines de Jane Poupelet, les sœurs Cosson. Il fit découvrir et acheter des œuvres pour le musée de Périgueux. »[4] La famille de Jane Poupelet possédait un vaste domaine agricole à Clauzure, en Dordogne périgourdine, où la sculptrice est née. Jane Poupelet retourne fréquemment dans sa région natale, partageant son temps entre Paris et le domaine familial de La Gauterie. Ceci explique la provenance périgourdine de notre sculpture.
Méditation en plâtre est un rare et émouvant témoignage de la sculpture d’après-guerre de Jane Poupelet et atteste parfaitement du talent de la sculptrice à mettre en valeur le modèle féminin avec des proportions harmonieuses, un modelé sensuel et sensible, des lignes nettes et régulières, au service d’une composition parfaitement rythmée.
[1] 1928 MARTINIE, p.83.
[2] Pour en savoir plus sur le Soroptimist Club : bhvp.hypotheses.org/12570
[3] 1924 ARTICLE, repr. p.95.
[4] Lettre manuscrite de Jacques Saraben attestant de la provenance de cette sculpture.
Le musée d’Art et d’Archéologie du Périgord conserve 6 sculptures et 14 dessins de Jane Poupelet. Baigneuse ou nu descendant dans l’eau en bronze est achetée aux sœurs de l’artiste en 1947 qui donnent la même année au musée les groupes sculptés en plâtre de l’Enterrement d’un enfant en Périgord et du Départ aux champs de deux paysans. Les autres œuvres sont données l’année suivante, en 1948 par l’entremise du Comité Départemental de Libération de la Dordogne.