Marino Marini

Buste d’Igor Stravinsky 1951

Epreuve en bronze
Fonte à la cire perdue, sans cachet de fondeur
Il est écrit en suédois sous la base : « Igor Stravinsky par Marino Marini, acquis auprès de la galerie Svensk Franska, probablement en 1953 ».
H. 28 ; L. 19,5 ; P. 16,5 cm

Provenance

  • Stockholm, Galerie Svensk-Franska, 1953
  • Collection  Claes et Elisabeth Philip
  • Göteborg, collection particulière, 2012

Exposition

  • Stockholm, galerie Svensk-Franska, février-mars 1953, cat. n°25.

Bibliographie

  • Marino Marini, Stockholm, galerie Svensk-Franska, catalogue n°254, février-mars 1953, n°25.
  • Sur Marini, Paletten n°1, 1953, repr.
  • G. Johansson, Marini i Svensk-franska, Svenska Dagbladet, févr. 1953 ?, repr.
  • U. Apollonio, Marino Marini sculptor, 2e édition revised, Milan, Edizioni del Milione, 1953, repr. n°97 (plâtre).
  • E. Trier, Marino Marini, Cologne, Galerie Der Spiegel, 1954, repr. p. 33.
  • E. Trier, Marino Marini, Neuchâtel, Editions du Griffon, 1961.
  • Alberto Busignani, Marino Marini, I Maestri del Novecento, Sadea Sansoni, 1968, pl. 28 : reproduction du bronze conservé au Kunstmuseum d’Essen (H. 32 cm).
  • P. Waldberg, H. Read, Marino Marini L’opera completa, Milan, Silvana éditoriale d’arte, 1970, p.103 n°277.
  • C. Pirovano, Marino Marini scultore, Milan, Electa, 1972-73, n°283.
  • Marino Marini, Sculptures & Dessins, Arles, musée Réattu & Espace Van Gogh 5 mars – 18 juin 1995, Lisbonne, Musée du Chiado, 30 juin – 10 septembre 1995, Actes Sud, 1995, p. 98-99 : reproduction du bronze conservé au Museo Marino Marini, Civiche raccolte d’arte, Milan (H. 32 cm).
  • Marino Marini, catalogue raisonné des sculptures, intro de G. Carandente, Milan, Skira, 1998, n°349.
  • Marino Marini, European Academy for the Arts & Accademia Italiana London, Skira, 1999, p. 299 : une photographie de 1973 représente Marini dans son studio milanais, entouré de bustes, dont celui de Stravinsky.
  • Vrouwen, ruiters en kardinalen, De beeldhouwkunst van Marino Marini en Gioacomo Manzù, museum Beelden aan Zee / Waanders Uitgevers, 2009, repr. p. 14.
 
Devenu célèbre avec ses figures de cavaliers, Marino Marini est aussi l’un des plus grands portraitistes de son temps. Il « est, avec Despiau, l’un des meilleurs portraitistes que la sculpture moderne ait produits. Chez lui, la pénétration psychologique s’allie à la perfection plastique » écrit Edouard Trier[1]. Les portraits sculptés sont nombreux dans l’œuvre de l’artiste toscan et ses modèles sont souvent des personnages illustres, artistes, architectes, politiciens. Parmi ceux-ci figurent entre autres Jean Arp, Henry Miller, Marc Chagall ou Mies Van Der Rohe.
 
« Pour moi, le portrait est le moyen le plus direct de pénétrer l’humain. Le problème est de comprendre la personnalité que j’ai devant moi. Il faut que le portrait laisse transparaître la personnalité. Pour cela il vaut mieux composer avec une forte personnalité. Je suis convaincu que l’on peut voir à travers le visage de personnalités extraordinaires, une représentation historique de notre siècle. Il peut s’agir d’écrivains, de musiciens, d’artistes, d’hommes politiques mais aussi d’industriels, d’hommes d’affaires, ou même d’un boxeur (…). Avec mes portraits, il m’a semblé que je construisais une brève histoire de notre époque. Et j’ai aimé par dessus tout portraiturer des artistes. Ils n’ont pas une mais dix, cent facettes. (…) la difficulté est là : il faut trouver l’essence de cette multiplicité. »[2]
 
Sa rencontre avec le compositeur Igor Stravinsky (1882-1971) survient lors d’un voyage à New York où avait lieu sa première exposition monographique dans la ville, organisée par Curt Valentin à la galerie Buchholz, du 14 février au 11 mars 1950.
« Je me souviens de Stravinsky à New York en 1950. Il est venu voir mon exposition à la galerie Buchholz. Petit, silencieux, il s’est approché des sculptures ; puis il s’est mis à les toucher. Je n’ai jamais vu quelqu’un à ce point rempli d’amour (…) inquiet, sensible, nerveux, vif, et son monde intérieur était tout entier sur son visage. »[3]
 
Le buste en bronze est né de cette rencontre. Marino Marini en a créé deux versions. La première version, légèrement plus petite (hauteur : 23 cm) a vu le jour dès 1950 et représente le musicien avec une moustache tandis que l’épreuve qui nous intéresse ici correspond à la seconde version de l’œuvre.
« Dans ce portrait, qui a la densité et la violence d’un masque, le sculpteur a magistralement traduit la sensualité du modèle, tout entière exprimée dans la plénitude de la bouche et le dessin élargi des oreilles, autant que le doute insondable de l’être hanté par l’idée de la mort. »[4] Plus qu’une représentation réaliste de l’homme, c’est avant tout sa présence que Marino Marini nous livre. Le résultat est fort, l’aspect brut et sans fioritures. Présentant des aspérités et des griffures en surface, le modelé bien tendu suggère aussi bien les marques du temps sur l’épiderme que la volontaire âme du modèle.
 
En 1998, le catalogue raisonné des sculptures de Marino Marini constate l’existence de 8 exemplaires en bronze de ce buste, ainsi qu’un plâtre, propriété de la Fondation Marini Marini de Pistoia[5].
Les bronzes sont ainsi listés :
  • Essen, Folkwang Museum[6]
  • Los Angeles, The Music Center Operating Company[7]
  • Milan, Musée d’Art Moderne, Musée Marino Marini[8]
  • Munich, Staatsgalerie Moderner Kunst[9]
  • Northampton, Smith College Museum of Art[10]
Et trois exemplaires – dont celui ici présenté – dans des collections particulières.
 
Toutefois, d’après nos recherches récentes :
  • Le Museum de Fundatie à Heino/Wijhe aux Pays-Bas conserve un exemplaire, acquis vers 1955 auprès de la galerie Der Spiegel à Cologne[11].
Un dessin de Marino Marini représentant Igor Stravinsky, à l’encre sur papier, datant de 1950, est conservé au Musée d’Art Moderne de New York.
En 1973, Marino Marini - appelé par Paolo Grassi, le superintendant de la Scala – réalise les décors et costumes pour Le Sacre du Printemps de Stravinsky.
 
 
Christian Faerber est très certainement à l’origine de la provenance suédoise de ce buste.
Ce marchand d’art, né à Naples en 1901, d’un père suisse qui fut l’ingénieur du funiculaire du Vésuve, fuit l’Allemagne nazie en 1933-1934 et part s’installer en Suède où il ouvre une galerie à Göteborg, la galerie Matthiesen. Bien que spécialiste de la peinture ancienne, il se passionne pour le travail de Marino Marini qu’il découvre à la Biennale de Venise de 1952. Très rapidement, il noue une solide amitié avec l’artiste qui réalise son portrait sculpté la même année. Ayant pour projet d’introduire l’œuvre de l’artiste en Scandinavie, il lui achète 33 sculptures et organise une exposition itinérante dans les musées scandinaves, débutant à Göteborg en janvier-février 1953, puis se poursuivant à Stockholm (voir catalogue de l’exposition à la galerie Svensk-Franska, février-mars 1953), Copenhague et Oslo. Agrémentée d’un catalogue dont le texte d’introduction est écrit par Christian Faerber, l’exposition rencontre un vif succès, puisque toutes les sculptures trouvent acquéreurs - parmi lesquels plusieurs musées – et l’artiste doit envoyer d’autres œuvres. (The Tate Gallery 1980-82 : illustrated Catalogue of Acquisitions, Londres, 1984, notice du Portrait Bust of Christian Faerber, c.1952-53.)
 

[1] E. Trier, Marino Marini, Neuchâtel, Editions du Griffon, 1961.
[2] Marino Marini cité dans Marino Marini, European Academy for the Arts & Accademia Italiana London, Skira, 1999, p. 26 (traduit de l’anglais par Cole Swensen et Marie Flambard en 2012).
[3] Loc.cit.
[4] Marino Marini, Sculptures & Dessins, Arles, musée Réattu & Espace Van Gogh 5 mars – 18 juin 1995, Lisbonne, Musée du Chiado, 30 juin – 10 septembre 1995, Actes Sud, 1995, p. 98-99.
[5] Dimensions : 27,9 x 17,9 x 20,5 cm.
[6] Dimensions : 33,5 x 18 x 22 cm.
[7] N’est plus dans les collections depuis 1995.
[8] Fait aujourd’hui partie des collections du Museo del Novecento de Milan qui abrite la collection Marino Marini (ancien Musée Marino Marini), composée d’un ensemble d’une trentaine de portraits donnés à la ville par l’artiste.
[9] Aujourd’hui Neue Pinakothek de Munich. Acquis en 1976, cadeau de l’artiste.
[10] Référencé SC 1953:90 / Dimensions : 27,3 x 19 x 21,5 cm.
[11] Hauteur : env. 30 cm.