Manuel Martinez Hugué dit Manolo

Catalane accroupie 1925

Épreuve en terre cuite, n°11/15
Gravée (sous la sculpture) : “XI”
Étiquette (à l’intérieur) : GALERIE LOUISE LEIRIS GALERIE SIMON / 29 bis, Rue d’ Astorg / PARIS (VIIIe) / 1925 / 11 / N°8775 / Manolo / Catalane accroupie / Haut 18 cm / Photo N°4541 / tirage :15 épreuves
H. 18 ; L. 12 ; P. 11,5 cm

Provenance

  • Paris, galerie Simon
  • Paris, galerie Louise Leiris
  • France, collection particulière

Bibliographie

  • Pla, Josep, Vida de Manolo contada por ell mateix, Sabadell, 1928, pl XV, repr. (Épreuve en terre cuite).
  • Pia, Pascal, Manolo, « Sculpteurs nouveaux », Paris, Gallimard, 1930.
  • L’art espagnol contemporain, Paris, Jeu de Paume, 12 février – mars 1936, n°71 (épreuve en terre cuite).
  • Benet, Rafael, El Escultor Manolo Hugué, coll. Miguel Angel, Libreria Editorial Argos, Barcelona, 1942.
  • Manuel, Martinez Hugué dit MANOLO - Sculptures, gouaches, dessins, Paris, galerie Louise Leiris, 17 mai – 17 juin 1961, n°74, repr. (Épreuve en terre cuite).
  • Manolo, Plastik und Zichnungen, Dortmund, Museum am ostwall, 5 avril – 5 mai 1963, n°61.
  • Poesias, Manolo Hugué (1872-1945), Barcelone, Ediciones Saturno, 1972, p. 95, repr.
  • Blanch, Montserrat, Manolo, sculptures, peintures, dessins, Cercle d’art, 1974, p.244, n°470 (épreuve en terre cuite).
  • Manolo Hugué, Barcelone, Museu d’Art Modern, 16 février – 15 avril 1990, n°49, repr. (Épreuve en bronze n°15/15).
  • Manolo Hugué, 1872-1945, musée Despiau-Wlérick, Mont-de-Marsan, 28 juin-4 septembre 1995, musée Tavet-Delacour Pontoise, 16 septembre-26 novembre 1995.
  • Manolo Hugué Als cinquanta anys de la seva mort, Columna, Barcelona, Sala d’art Artur Ramon, 4 mai – 17 juin 1995, n°16, repr. (Épreuve en bronze).
 
La création de la Catalane accroupie de Manolo intervient alors que son second séjour à Céret, dans les Pyrénées-Orientales, touche à sa fin. A l’automne de cette année 1925, une grave maladie fragilise la santé du sculpteur qui quitte de plus en plus régulièrement Céret dans l’espoir de se rétablir[1]. Deux ans plus tard, une crise de polyarthrite convainc Manolo de retourner vivre définitivement en Espagne : il s’installe à Caldes de Montbui, village natal de sa grand-mère maternelle, près de Barcelone.
 
Cette seconde période de Céret, entre 1919 et 1927, est particulièrement favorable à l’art du sculpteur. Ayant renoué après la guerre avec Daniel-Henry Kahnweiler, son galeriste, Manolo connaît une stabilité économique lui permettant de se faire construire sa propre maison à Céret[2], dans laquelle il réalise son œuvre, non pas dans un atelier attenant, mais au sein même du logis, travaillant tantôt dans la cuisine, tantôt dans la salle à manger[3]. En mars 1923, la galerie Simon, tenue par Kahnweiler, organise la toute première exposition individuelle de Manolo ; y sont visibles des œuvres récentes, mais également de nombreuses œuvres récupérées par Kahnweiler, dont la collection avait fait l’objet d’une saisie de guerre. C’est un succès ; l’art de Manolo est célébré par la critique, admirant la sobriété et la justesse des sculptures du catalan. Maurice Raynal écrit ainsi dans un article : « […] La plupart de ses bustes, de ses figurines, de ses reliefs, de ses sujets reflètent une intensité de vie animale à laquelle nul sculpteur de ce temps n’a atteint. Et ce, justement parce que Manolo ne demande à son art que cette réalisation. De ce fait, il se rattache à l’art gothique dont il possède la flamme, la souple symétrie, mais quelque fois aussi l’incorrection de style. »[4]
 
Cette reconnaissance publique est scellée par les commandes du Monument à Déodat de Séverac, à Céret[5], et du Monument aux morts, à Arles sur Tech[6], tous deux érigés en 1923. Pour ces deux œuvres, Manolo crée des figures monumentales de femmes assises, dérogeant ainsi à son habitude de ne sculpter qu’en petites dimensions. Toutefois, la Catalane accroupie, créée deux ans après le Monument à Séverac, a gagné en simplicité, ce qui paradoxalement renforce sa puissance expressive : elle apparaît ramassée sur elle-même, assise à même le sol, avec une jambe ramenée sous l’autre. La composition, inscrite dans un rectangle, se présente comme un bloc dense et clos, dépourvu de tout caractère anecdotique. Un subtil jeu d’obliques (avant-bras gauche, pan de la jupe, mollet gauche) crée le rythme. Deux autres femmes assises monumentales plus tardives sont encore à rapprocher de la Catalane accroupie notamment car elles présentent également les jambes croisées à l’orthogonale : il s’agit de Repos (1929)[7] et Femme assise (1930)[8]. Bien que de petite taille, avec le rythme parfait de sa composition, le modèle que nous présentons ici présente les qualités d’une œuvre monumentale.
 
Manolo aime interpréter les figures de la vie paysanne et artistique catalane. Il capte la vérité de leur attitude et les représente avec leurs attributs vestimentaires mais toujours de manière synthétique. Il n’y a pas de place pour le détail décoratif. Chacun de ses personnages devient archétype : du picador, de la danseuse de flamenco…, et ici, de la paysanne catalane.
 
Cette épreuve porte une étiquette mentionnant les noms des deux galeries successives de D-H Kahnweiler : galerie Simon et galerie Louise Leiris. Après la Première Guerre Mondiale, le 1er septembre 1920, le marchand, dont les biens ont été mis sous séquestre, s’associe avec André Simon pour ouvrir sa seconde galerie au 29 bis rue d’Astorg - ce sera la galerie Simon, de 1920 à 1941. Lors de 3 ventes aux enchères en 1921, 1922 et 1923 ses biens sont dispersés. Fort heureusement, il parvient à racheter l’ensemble des sculptures de Manolo[9]. En 1941, l’activité du marchand est à nouveau mise en péril puisque la galerie est soumise à une procédure « d’aryanisation ». Louise Leiris, sa belle-fille, rachète le fonds de commerce. La galerie est sauvée et continue son activité jusqu’en 1988 (mort de Louise Leiris). Les éditions des sculptures de Manolo se poursuivent telles qu’elles ont été entérinées à l’époque de la galerie Simon.
 
Kahnweiler édite des modèles dont il consigne scrupuleusement les épreuves en indiquant leur numéro et justification sur l’étiquette discrètement collée sous, ou à l’intérieur de l’œuvre. Si l’édition de la Catalane accroupie est prévue à 15 exemplaires, seul un autre exemplaire est actuellement localisable, conservé depuis 1951 au Baltimore Museum of Art, aux Etats-Unis (Inv 1951.385). Outre l’édition en terre cuite, il existe une édition en bronze justifiée à 15 exemplaires également.
 
Cette politique d’édition a permis au marchand de diffuser et de faire connaître l’œuvre de son protégé. La Catalane accroupie est exposée à de nombreuses reprises, en France comme à l’étranger. Elle est présente dans l’exposition L’art espagnol contemporain au Jeu de Paume, à Paris, en 1936, et dans l’importante exposition monographique organisée à la galerie Louise Leiris, en 1961. Elle est reproduite dans la première monographie de l’artiste, écrite par Josep Pla en 1928 (planche XV).

[1] Manolo Hugué, 1995, p. 85.
[2] Ibid., p. 82, voir également Blanch, 1974, p. 48.
[3] Blanch, 1974, p. 48.
[4] Manolo Hugué, 1995, p. 81.
[5] Blanch, 1974, n°101.
[6] Blanch, 1974, n°105.
[7] Installée sur l’avenue Josep Tarradellas à Barcelone.
[8] Installée calle de San Fransisco à Oviedo.
[9] 13-14 juin 1921 : 1e vente des biens séquestrés par les Allemands « Collection Henry Kahnweiler, tableaux, sculptures, et céramiques modernes » Part 1 : https://archive.org/details/CollectionHenryKahnweiller13To14June1921/page/n25