Manuel Martinez Hugué dit Manolo

La Ronde ou La Sardane 1923

Bas-relief
Épreuve en terre cuite, n°3
Étiquette (au dos) : GALERIE SIMON / 29 bis rue d’Astorg / PARIS (VIIIe) / 1923 / 3 / N°7897 / Manolo / La Ronde / 37 x 33 / Photo N°4527
H. 37 ; W. 33 ; D. 4 cm

Provenance

  • Paris, galerie Simon
  • France, collection Marcel Arland

Bibliographie

  • Pla, Josep, Vida de Manolo contada per ell mateix, Sabadell, 1928.
  • Pia, Pascal, Manolo, « Sculpteurs nouveaux », Paris, Gallimard, 1930, p.33, repr.
  • Benet, Rafael, El Escultor Manolo Hugué, coll. Miguel Angel, Libreria Editorial Argos, Barcelona, 1942.
  • Blanch, Montserrat, Manolo, sculptures, peintures, dessins, Cercle d’art, 1974, p.67, n°98, repr.
  • Manolo Hugué Als cinquanta anys de la seva mort, Columna, Barcelona, Sala d’art Artur Ramon, 4 mai – 17 juin 1995, p.45, n°14, repr.
  • Manolo Hugué, 1872-1945, Mont-de-Marsan, musée Despiau-Wlérick, 28 juin-4 septembre 1995, Pontoise, musée Tavet-Delacour, 16 septembre-26 novembre 1995.
  • Manolo Hugué, Escultura, Pintura y Dibujo, Madrid, Centro Cultural del Conde Duque, janvier – février 1997, p.56, n°17, repr.
 
Lors de son séjour à Céret, entre 1919 et 1927, Manolo trouve un véritable épanouissement dans la maîtrise de son art. Son style très personnel s’affirme avec force. Ayant renoué après la guerre avec Daniel-Henry Kahnweiler, son galeriste, il connaît une stabilité économique lui permettant de se faire construire sa propre maison à Céret[1]. L’année de la création du bas-relief de La Sardane, en 1923, la galerie Simon, tenue par Kahnweiler, organise la toute première exposition individuelle de Manolo ; y sont visibles des œuvres récentes, mais également de nombreuses œuvres récupérées par Kahnweiler, dont la collection avait fait l’objet d’une saisie de guerre. C’est un succès ; l’art de Manolo est célébré par la critique. Maurice Raynal déclare : « […] La plupart de ses bustes, de ses figurines, de ses reliefs, de ses sujets reflètent une intensité de vie animale à laquelle nul sculpteur de ce temps n’a atteint. Et ce, justement parce que Manolo ne demande à son art que cette réalisation. De ce fait, il se rattache à l’art gothique dont il possède la flamme, la souple symétrie, mais quelque fois aussi l’incorrection de style. »[2]
 
De très nombreux reliefs sculptés jalonnent l’œuvre de Manolo. Il s’exprime dans cette forme avec autant d’aisance que dans les ronde-bosse ou les très nombreux dessins, souvent en rapport étroit avec les sculptures. Le bas-relief réalise une synthèse efficace entre le trait et le volume. Dans La Sardane, Manolo varie la profondeur du relief pour rendre l’effet de distance : les figures dansantes de dos du premier plan sont traitées en demi-volume, les figures des côtés, s’éloignant un peu du spectateur, s’enfoncent dans la matière tandis que de l’autre côté de la ronde, les figures de face ne sont plus que des silhouettes esquissées dans la terre. La forme générale du relief, arrondi dans sa partie supérieure, souligne la forme de la ronde.
 
Intitulée simplement La Ronde sur l’étiquette de la Galerie Simon collée à son revers, l’œuvre est pourtant baptisée plus précisément La Sardane dès 1930, dans la monographie de Pascal Pia. La Sardane est une danse traditionnelle catalane où les danseurs en cercle se tiennent par la main, accompagnés par la musique d’un ensemble instrumental appelé cobla. Pour l’anecdote, trente ans plus tard, Picasso, cher ami de Manolo, dessine La Sardane de la Paix[3], lors de l’un de ses passages à Céret. Manolo affectionne particulièrement la représentation de l’élan de vie présent dans les manifestations du folklore culturel local. A travers les thèmes de la danse, de la tauromachie, des paysannes, c’est avant tout le mouvement que l’artiste cherche à transcrire. Dans La Sardane, l’élan rythmique est superbement donné grâce aux lignes ondulantes, aux traits rapidement ébauchés soulignant l’instantanéité, au contraste entre les parties plus ou moins travaillées. « Il a parfaitement su transcrire les alternances des pas alertes des danses régionales et plus spécialement de la Sardane catalane. »[4] On entend la musique, on perçoit l’instant et la joie des corps dansants en regardant ce relief. Par ailleurs, les robes accompagnant les corps en mouvement et la composition rythmée en frise rappellent les bas-reliefs de l’art grec et les figures dionysiaques que sont les Ménades.
 
En 1921, Manolo crée un relief rapidement esquissé, représentant un Picador[5], dont le mouvement est éloquent et semble être une référence directe à certaines métopes du Parthénon. La même année, le relief Au bord de l’eau[6] présente une composition complexe intéressante avec des effets de profondeur, de perspective et de variations des épaisseurs du relief que l’on retrouve dans La Sardane. Dans le relief Les Deux Toreros[7], en 1922, la composition au mouvement circulaire s’apparente à celle de notre relief. Enfin, le thème de la danse est traité dans d’autres reliefs comme dans Danseuse espagnole[8], en 1929.
 
Cette épreuve porte une étiquette de la galerie Simon qui est la seconde galerie que dirige D-H Kahnweiler. Après la Première Guerre Mondiale, le 1er septembre 1920, le marchand, dont les biens ont été mis sous séquestre, s’associe avec André Simon pour ouvrir à nouveau une galerie au 29 bis rue d’Astorg. Lors de 3 ventes aux enchères en 1921, 1922 et 1923 ses biens sont dispersés. Fort heureusement, il parvient à racheter l’ensemble des sculptures de Manolo[9]. Il édite ensuite des modèles dont il consigne scrupuleusement les épreuves en indiquant leur numéro et justification sur l’étiquette discrètement collée à l’intérieur de l’œuvre. Ici, l’épreuve est bien numérotée 3 mais l’étiquette ne porte pas d’indication de justification. Dans un catalogue d’exposition de 1997[10], on trouve une épreuve de La Sardane justifiée sur 20. Cependant, les éditions de terre-cuites menées par la galerie Simon sont généralement prévues à 15 exemplaires.
 
Notre exemplaire n°3 provient de la prestigieuse collection de Marcel Arland (1899-1986). Cet écrivain, essayiste, critique littéraire et scénariste, ami d’André Malraux, reçoit le prix Goncourt en 1929 pour son roman L’Ordre. Après la Seconde Guerre Mondiale, il est codirecteur de la revue Comoedia éditée par Gallimard, aux côtés de Jean Paulhan. Il est directeur de la NRF chez Gallimard et entre à l’Académie française en 1968.

[1] Ibid., p. 82, voir également Blanch, 1974, p. 48.
[2] Manolo Hugué, 1995, p. 81.
[3] Pablo Picasso, La Sardane de la Paix, 1953, fusain, 63 x 48,8 cm, Céret, musée d’art moderne (Inv MAMC 1991-0286).
[4] In. Mont-de-Marsan, 1995, p.22. Extrait d’un article de Montserrat Blanch sur « L’interprétation du mouvement dans l’œuvre sculpté de Manolo ».
[5] Blanch, p.58, n°79.
[6] Blanch, n°447.
[7] Blanch, n°90.
[8] Blanch, n°120.
[9] 13-14 juin 1921 : 1e vente des biens séquestrés par les Allemands « Collection Henry Kahnweiler, tableaux, sculptures, et céramiques modernes » Part 1 : https://archive.org/details/CollectionHenryKahnweiller13To14June1921/page/n25
[10] Madrid, 1997, n°17.