Aristide Maillol
Baigneuse debout, deuxième version 1901-1902
Épreuve en bronze à patine brun foncé
Édition Vollard, à partir de 1902
Modèle n°4, « Autre statuette femme debout le bras derrière le dos aussi », Catalogue des sculptures de Maillol éditées par Ambroise Vollard, établi par Ursel Berger (2021 BERGER-LEBON, p. 14)
Fonte au sable Florentin Godard (sans marque de fondeur), exécutée entre 1907 et 1937
Initiales de l’artiste (sur la terrasse à gauche) : « AM »
67 x 19 x 14 cm
Provenance
- Royaume-Uni, collection Francis Haskell ;
- Royaume-Uni, collection particulière, par descendance.
Bibliographie
- 1939 REWALD : John Rewald, Maillol, Paris, Éditions Hystérion, 1939, p. 72, repr. (exemplaire en bronze non identifié).
- 1996 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE BERLIN-LAUSANNE-BRÊME-MANNHEIM : commissariat de Ursel Berger, Jörg Zutter, Aristide Maillol, catalogue d’exposition [Berlin, Georg-Kolbe Museum, 14 janvier – 5 mai 1996, Lausanne, musée cantonal des beaux-arts, 15 mai – 22 septembre 1996, Brême, Gerhard Marcks Museum, 6 octobre 1996 – 13 janvier 1997, Mannheim, Städtische Kunsthalle, 25 janvier – 31 mars 1997], Paris, Flammarion-musée des Beaux-Arts de Lausanne, 1996, n°34, p. 92, repr. (exemplaire du Niedersächsisches Landesmuseum).
- 2007 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE NEW YORK-CHICAGO-PARIS : commissariat de Anne Roquebert, Ann Dumas, Douglas W. Druick, et. al., De Cézanne à Picasso. Chefs-d’œuvre de la galerie Vollard, catalogue d’exposition [New York, The Metropolitan Museum of Art, 13 septembre 2006 – 7 janvier 2007, Chicago, The Art Institute of Chicago, 17 février – 12 mai 2007, Paris, musée d’Orsay, 19 juin – 16 septembre 2007], Paris, Musée d’Orsay-Réunion des musées nationaux, 2007, n°79, p. 184, repr. (exemplaire du musée Rodin).
- 2009 CATALOGUE EXPOSITION FONDATION BARCELONE : Maillol, catalogue d’exposition [Barcelone, Fondation Caixa Catalunya, 20 octobre 2009 – 31 janvier 2010], Barcelone, Fondation Caixa Catalunya, 2009, p. 133, repr. (exemplaire de la Galerie Dina Vierny).
- 2016 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE CÉRET : commissariat de Nathalie Galissot, Antoinette Le Normand-Romain, Maillol, Frère, Pons. Une Arcadie catalane, catalogue d’exposition [Céret, musée d’Art moderne, 2 juillet – 30 octobre 2016], Paris, Somogy éditions d’art-Céret, Musée d’Art moderne de Céret, 2016, p. 47, repr. (exemplaire du musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg).
- 2019 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE PERPIGNAN : commissariat de Claire Muchir, Antoinette Le Normand-Romain, Àlex Susanna, Rodin-Maillol. Face à face, catalogue d’exposition [Perpignan, musée Hyacinthe Rigaud, 22 juin – 3 novembre 2019], Milan, Silvana Editoriale, 2019, n°3, p. 70, repr. (exemplaire du musée Rodin).
- 2019 CATALOGUE MUSÉE RODIN : Catherine Chevillot, Christine Lancestremère (sous la dir. de), Guide du musée Rodin, Paris, Éditions du Musée Rodin, 2019, n°93, p. 121, repr. (exemplaire du musée Rodin).
- 2021 BERGER-LEBON : Ursel Berger, Élisabeth Lebon, Maillol (re)découvert, Paris, éditions Gourcuff Gradenigo, 2021, n°3, p. 76-77, repr.
- 2022 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE PARIS-ZURICH-ROUBAIX : commissariat d’Ophélie Ferlier-Bouat, Antoinette Le Normand-Romain, Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie, catalogue d’exposition [Paris, musée d’Orsay, 12 avril – 21 août 2022, Zurich, Kunsthaus, 7 octobre 2022 – 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine-musée d’art et d’industrie André-Diligent, 18 février – 21 mai 2023], Paris, Gallimard-musée d’Orsay, n°105, p. 126, repr. (exemplaire du musée Rodin).
« Maillol est un sculpteur aussi grand que les plus grands… Il y a là, voyez-vous, dans ce petit bronze, de l’exemple pour tout le monde ; aussi bien pour les vieux maîtres, que pour les jeunes débutants… Je suis heureux de l’avoir vu… Si le mot génie, improprement appliqué à tant de gens, aujourd’hui, a encore un sens, c’est bien ici… Oui, Maillol a le génie de la sculpture… Il faut être de mauvaise foi, ou très ignorant, pour ne pas le reconnaître. Et quelle sûreté dans le goût !... Quelle intelligence de la vie, dans le simple !... » - Auguste Rodin[1]
L’exposition chez Ambroise Vollard en 1902
En 1902, du 16 au 30 juin, Ambroise Vollard organise la première exposition monographique d’Aristide Maillol dans sa galerie installée au 6, rue Laffitte. Trente-trois œuvres sont présentées, dont des tapisseries, des écrans, des reliefs et des statuettes en bois, terre cuite, plâtre, bronze, ainsi que des objets d’art décoratif.
1902 est une année fructueuse pour le sculpteur catalan : il participe à des expositions de groupe dès le mois de janvier, à la galerie B. Weill, et au mois de mai, à la galerie Bernheim-Jeune. C’est toutefois l’exposition organisée par Vollard qui connait un grand succès et fait découvrir Maillol aux amateurs.
Ambroise Vollard et Aristide Maillol signent un premier contrat le 10 septembre 1902, contrat qui valide la vente de certains modèles du sculpteur « en toute propriété et avec le droit de reproduction » à son marchand. Avec ce contrat, c’est la première fois que Maillol vend des modèles. Ils sont au nombre de neuf ; la Baigneuse debout, deuxième version en fait partie.
La Baigneuse debout, modèle fondateur et reconnu des cercles artistiques
Le modèle de la Baigneuse debout est particulièrement important dans l’œuvre de Maillol : c’est sans doute lui qui est à l’origine de la collaboration du sculpteur et du marchand, et qui inaugure l’édition en bronze des sculptures de Maillol par Vollard. Le marchand mentionne l’anecdote dans ses mémoires : « J’avais dit à Maillol, qui venait de donner le dernier coup de ciseau à une statuette de bois : - Si l’on en faisait un bronze ? – Un bronze ? – Confiez-moi la statuette. Je m’en charge. Ainsi, j’éditai le premier bronze de Maillol. Je devais, par la suite, avoir de lui quelques autres modèles de la plus heureuse venue. »[2]
Le thème de la baigneuse étant cher au sculpteur catalan, on le retrouve à de nombreuses reprises tout au long de sa carrière. On le rencontre par exemple déjà en 1895 dans une huile sur toile intitulée Méditerranée[3], dans laquelle la figure féminine, qui se tient nue, debout, au centre d’un paysage marin, est entourée d’un long drapé blanc, gonflé par le vent. Le motif est ensuite repris en sculpture par Maillol au début du siècle. Retravaillée, la Baigneuse debout connaît ainsi deux versions. Celles-ci sont quasiment identiques à l’exception de quelques détails : dans la première version, le bras droit de la baigneuse est collé le long de son corps et un drapé entoure son avant-bras ; au contraire, la baigneuse de la deuxième version ne possède pas de drapé sur son bras droit, et celui-ci est légèrement relevé vers le haut. Autre différence : la baigneuse de la deuxième version arbore un chignon haut au sommet de sa chevelure, chignon que ne possède pas la première version.
D’autres baigneuses, proches de la Baigneuse debout voient le jour à la même période et dans divers matériaux (bois, bronze, terre cuite). Certaines d’entre elles ont le bras droit relevé vers la tête de la figure, le drapé tombant tout le long de son dos, et s’enroulant autour de sa cheville gauche[4] ; d’autres ont un contrapposto légèrement plus accentué, la tête tournée vers la gauche, et le drapé étant tenu, cette fois-ci, devant elle, de la main gauche[5].
La Baigneuse debout connaît un grand succès : ses deux versions sont entrées dans les collections de personnalités du monde de l’art de l’époque. Vers 1900, la princesse d’origine roumaine Hélène Bibesco (1855-1902), grande pianiste et première mécène de Maillol, acquiert la Baigneuse debout, première version en bois. L’œuvre est également rapidement repérée par Auguste Rodin (1840-1917), qui acquiert un exemplaire de la Baigneuse debout, deuxième version en fonte de fer pour sa collection personnelle, le 2 avril 1904, à la Galerie Vollard[6]. Suite à cet achat, Maillol envoie une lettre de remerciements à Rodin afin de lui témoigner sa gratitude : « C’est la vraie récompense, la seule qu’espère de ses travaux l’artiste amoureux de son art et de plus, c’est pour moi un encouragement. On marche plus vivement dans sa voie lorsque le grand artiste au sommet de sa carrière glorieuse jette un regard sur l’humble travailleur qui vient derrière lui. »[7]Remarquons enfin qu’un exemplaire de la Baigneuse debout, première version est représenté sur le manteau de la cheminée dans le Portrait d’Ambroise Vollard au chat peint par Pierre Bonnard (1867-1947) vers 1924[8].
Provenance & collections publiques
Huit exemplaires de la Baigneuse debout, deuxième version sont présents dans les collections publiques internationales. La plupart de ces exemplaires ont été acquis par des collectionneurs qui ont ensuite eu à cœur de donner leur œuvre au musée de leur ville. En Europe, deux exemplaires sont conservés en France (à Paris, au musée Rodin : n°inv. S.00579 ; et à Troyes, au musée d’art moderne : n°inv. MNPL 1675), trois en Allemagne (à Brême, à la Kunsthalle Bremen : n°inv. Nr.587-1977/4 ; à Cologne, au Ludwig Museum : n°inv. Nr ML76/SK 0064 ; et à Hanovre, au Niedersächsisches Landesmuseum : n°inv. Nr PPl 58), et un exemplaire en Russie (à Saint-Pétersbourg, au musée national de l’Ermitage (n°inv. H.CK1729). Enfin, deux exemplaires sont conservés aux États-Unis : à Baltimore, au Museum of Art (n°inv. 1941.120), et à Philadelphie, au Philadelphia Museum of Art (n°inv. 1963-181-94).
Notre exemplaire provient de la collection personnelle de l’historien de l’art d’origine britannique Francis Haskell (1928-2000). Professeur au King’s College à Cambridge, puis à l’université d’Oxford, Haskell a publié de nombreux ouvrages fondateurs qui sont aujourd’hui des références en histoire de l’art. Ses travaux portent essentiellement sur l’histoire sociale de l’art, autrement dit l’étude des éléments qui entourent la création artistique, mais aussi l’étude de la vie et du milieu artistique, la réception critique des œuvres, et le milieu muséal. Il s’est ainsi intéressé plus précisément à l’histoire du mécénat et du marché de l’art en Italie aux XVIIe et XVIIIe siècles (Patrons and Painters, 1963), à l’histoire du goût (Rediscoveries in Art, 1976 ; Taste and the Antique, 1981), ou encore au goût des musées pour les rétrospectives d’œuvres de maîtres anciens (The Ephemeral Museum, 2000). La Baigneuse debout, deuxième version est restée dans la famille de l’historien après son décès.
[1] Cité par Octave Mirbeau dans Aristide Maillol, Paris, Société des Dilettantes, 1921, p. 29.
[2] Ambroise Vollard, Souvenirs d’un marchand de tableaux, Paris, Éditions Albin Michel, 1937, p. 302.
[3] Aristide Maillol, Méditerranée, vers 1895, huile sur toile, 96,5 x 105,5 cm, Paris, Petit Palais-musée des beaux-arts de la Ville de Paris, n°inv. PPP2278.
[4] Grande baigneuse debout, 1900, bois, in 2009 CATALOGUE EXPOSITION FONDATION, p. 31, repr.
[5] Aristide Maillol, Retenant son voile, s.d., terre cuite, 79 x 16 x 12 cm, in Catalogue des Tableaux modernes, aquarelles, pastels, dessins, sculptures, composant la collection Octave Mirbeau, catalogue de vente [commissaire-priseur F. Lair-Dubreuil, experts Bernheim-Jeune, Durand-Ruel, A. Vollard, Paris, Galerie Durand-Ruel, 24 février 1919], Paris, Moderne Imprimerie, 1919, NP, n°66, repr. [en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6572706v/f105.item.r=vente%20collection%20Octave%20Mirbeau%201919].
[6] La facture est conservée au sein des archives du musée Rodin, voir 2007 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE NEW YORK-CHICAGO-PARIS, notice n°79, p. 101, accessible via le CD du catalogue.
[7] Lettre citée in 2007 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE NEW YORK-CHICAGO-PARIS, notice n°79, p. 101, accessible via le CD du catalogue.
[8] Pierre Bonnard, Portrait d’Ambroise Vollard au chat, vers 1924, huile sur toile, 96,5 x 111 cm, Paris, Petit Palais-musée des beaux-arts de la Ville de Paris, n°inv. PPP3052. L’œuvre est reproduite dans 2022 CATALOGUE EXPOSITION MUSÉE PARIS-ZURICH-ROUBAIX, n°106, p. 127.